Vendredi 24 octobre 2003 rassemblement à Paris contre le MEDEF devant le lycée Louis le Grand à l'appel d'ATTAC. Le lycée Louise Michel de Gisors y est représenté.

 

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" Une belle promotion des stratégies des multinationales "

Entretien avec Edwige Corcia, secrétaire nationale de l'APSES, qui a participé à " l'université d'automne " organisée par l'Éducation nationale et le MEDEF.

Jeudi et vendredi derniers, 200 enseignants de sciences économiques et sociales étaient réunis au lycée Louis-le-Grand à Paris pour écouter une vingtaine de PDG des grands groupes français argumenter sur " le rôle moteur des entreprises dans la mondialisation ".

La réflexion, au cours de cette réunion, a-t-elle été fructueuse ?

Edwige Corcia. Il n'y a eu aucune réflexion, aucun débat. Les professeurs présents avaient été sélectionnés par les inspecteurs d'académie. Toutes les personnes syndiquées connues, à l'APSES par exemple, n'ont pas réussi à être invitées. Je n'ai pas assisté à cette université en tant qu'enseignante mais en tant que représentante de mon syndicat. Au cours des deux journées, les patrons ont prétendu expliquer les phénomènes de mondialisation par les stratégies des multinationales. Une première table ronde sur " les entreprises dans la mondialisation " s'est déroulée jeudi matin. Quatre PDG occupaient la tribune ; pour parer aux critiques, un universitaire et deux enseignants de SES ont été rajoutés au dernier moment, mais ils n'avaient pas le droit d'intervenir. Lors de cette séance plénière, la salle n'a eu aucune possibilité de poser des questions. Cette première matinée a exclusivement consisté à vanter les stratégies de délocalisation des grands groupes français.

Les ateliers ont-ils permis un travail plus satisfaisant ?

Edwige Corcia. Chaque atelier mettait en avant une entreprise, sur laquelle un professeur de SES devait exposer une étude de cas. Or plus de quatre d'entre elles ont été supprimées car les critiques de l'enseignant étaient trop virulentes. L'organisation de l'ensemble a été si bien agencée que toutes les questions de fond ont pu être évitées. Même sur des données précises dont les professeurs se servent dans leurs cours, nous nous sommes heurtés à une absence de réponse. Un chef d'entreprise nous a par exemple affirmé qu'il ne savait pas la part de la masse salariale dans les coûts de production. Sur une deuxième interrogation concernant la répartition de la valeur ajoutée, ce même patron nous a répondu que les entreprises ne se souciaient pas de ces chiffres.

Quelles conclusions tirez-vous de cet événement organisé par Luc Ferry et l'Institut de l'entreprise ?

Edwige Corcia. Cette université a manifestement consisté en une très belle promotion des stratégies des multinationales. En l'absence de toute réflexion théorique, je ne considère pas que cela soit une formation viable pour les enseignants. S'il existe une volonté réelle d'amener les professeurs à réfléchir sur l'entreprise, on comprend mal pourquoi les multinationales ont été privilégiées. Le monde de l'entreprise est aussi constitué de PME, d'entreprises publiques, de sociétés d'économie solidaire. Cela voudrait-il signifier que les petits groupes n'auraient aucun rôle à jouer dans la mondialisation ? Pour déplacer autant de patrons, le ministre et tous les inspecteurs de la discipline, le véritable enjeu doit être un changement de cap dans l'éducation. Or l'école a-t-elle vocation à développer particulièrement cette idéologie de la mondialisation ? Le principe de la laïcité est en danger car le dogme de l'entreprise n'est-il pas une forme de religion ?

Propos recueillis par Christelle Chabaud

Article paru dans le journal l'Humanité du 27 octobre 2003